Les élections législatives du 11 janvier 2026 dans la 13ᵉ circonscription électorale, notamment dans la commune de Djougou, resteront dans les annales comme le symbole d’un affrontement profondément déséquilibré entre deux formations politiques que tout opposait : l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R), portée par des idées, des hommes et une volonté politique affirmée mais limitée dans ses moyens, et le Bloc Républicain (BR), victorieux au terme d’une démonstration de force institutionnelle, financière et logistique rarement égalée.
Les élections législatives du 11 janvier 2026 dans la 13ᵉ circonscription électorale, et plus particulièrement dans la commune de Djougou, resteront comme l’illustration emblématique d’un affrontement profondément asymétrique entre deux forces politiques aux moyens inégaux. Dans ce duel, Souley YACOUBOU, candidat titulaire de l’UP-R dans la 13ᵉ circonscription électorale de Djougou, s’est retrouvé face à une machine politique conduite par le ministre d’État, président du Parti Bloc Républicain, Abdoulaye Bio Tchané, figure centrale de l’armada déployée sur le terrain.
Le Bloc Républicain : la victoire par la puissance des moyens
Dès l’ouverture de la campagne, le Bloc Républicain a imposé le tempo. Autour de sa tête de liste et sous l’impulsion directe de son président, le ministre d’État Abdoulaye Bio Tchané, une mobilisation institutionnelle hors normes s’est progressivement mise en place. Ministres en fonction ou anciens membres du gouvernement, cadres supérieurs de l’administration publique, responsables de structures étatiques, élus locaux et figures influentes de la vie publique ont constitué une véritable armada politique.
Cette force ne s’est pas limitée aux cercles administratifs. Le BR a activé des réseaux communautaires, traditionnels et religieux, parfois de manière ostensible, afin d’orienter les consignes de vote jusque dans les quartiers et villages de Djougou, grand bastion électoral du septentrion et zone stratégique de la 13ᵉ circonscription. Le maillage territorial était dense, structuré, omniprésent, reposant sur une armée de relais locaux, de délégués de quartiers, de conseillers communaux et d’agents d’influence solidement implantés.
À cette puissance humaine s’est ajoutée une capacité financière colossale : logistique abondante, communication massive, déplacements constants, meetings spectaculaires. Tout concourait à installer l’idée d’une victoire annoncée, presque inéluctable.
L’Union Progressiste le Renouveau : la défaite d’un parti aux moyens limités
Face à cette démonstration de force, le parti Union Progressiste le Renouveau (UP-R) s’est présenté en victime expiatoire. Le parti a misé sur une figure crédible, soutenue par quelques cadres d’expérience et une jeunesse militante motivée. Avec des atouts humains indéniables, incarnés notamment par Souley YACOUBOU, dont l’ancrage local et la constance politique ne faisaient l’ombre d’aucun doute, l’UPR se retrouve pratiquement en terre conquise par l’adversaire politique et tout son arsenal robuste.
Très vite, l’UP-R s’est heurtée à une réalité implacable : l’indigence des ressources financières et logistiques allouées à ses candidats. Les dotations reçues relevaient davantage du symbole que d’un véritable outil de campagne. Impossible, dans ces conditions, de couvrir efficacement une circonscription aussi vaste et stratégique que Djougou, encore moins de rivaliser avec un adversaire omniprésent sur le terrain.
La campagne de proximité, pourtant essentielle, s’est retrouvée bridée. Les déplacements étaient limités, la communication réduite, les équipes locales souvent livrées à elles-mêmes. Là où le BR avançait en ordre de bataille, l’UP-R luttait avec courage, mais en rangs clairsemés.
Un rapport de forces structurellement déséquilibré
Au-delà des personnes et des programmes, cette confrontation a surtout mis en lumière un déséquilibre structurel profond. Dans la commune de Djougou, bastion électoral majeur du nord, la compétition semblait se jouer bien avant le jour du scrutin. Pour de nombreux observateurs et acteurs de terrain, le duel opposant Souley YACOUBOU au camp conduit par le ministre d’État Abdoulaye Bio Tchané n’a jamais reposé sur une égalité de chances.
Pourtant, les résultats révèlent un fait politique majeur souvent passé sous silence : Souley YACOUBOU a enregistré une progression remarquable par rapport aux élections législatives de 2019 et de 2023. À l’issue du scrutin du 11 janvier 2026, il ne lui a manqué qu’environ 350 voix pour inverser l’issue du vote, preuve d’un enracinement électoral réel et d’une dynamique ascendante malgré un contexte défavorable.
D’un côté, un parti porté par l’État, ses réseaux et ses ressources ; de l’autre, un candidat et une formation politique contraints de faire campagne avec des moyens dérisoires, mais capables de réduire considérablement l’écart. La victoire du BR apparaît ainsi moins comme celle d’un projet que comme celle d’un système de puissance.
UP-R : une défaite qui appelle un sursaut stratégique
Pour autant, réduire l’échec de l’UP-R à une simple question de moyens serait incomplet. Le scrutin de la 13ᵉ circonscription électorale de Djougou révèle aussi une faille stratégique interne. Ce n’est pas la qualité des cadres ni celle du candidat Souley YACOUBOU qui fait défaut, mais bien une vision organisationnelle plus offensive, capable d’anticiper les rapports de force, de structurer les ressources existantes et de capitaliser sur les progrès électoraux enregistrés.
Cette défaite doit donc être lue comme une alerte politique. Elle invite à repenser la préparation des échéances électorales, à mieux articuler implantation locale, mobilisation des compétences internes et stratégies de terrain adaptées à un environnement politique de plus en plus dur.
Une question démocratique majeure
Au-delà du cas de l’UP-R et du BR, l’élection du 11 janvier 2026 à Djougou pose une question fondamentale : peut-on parler d’une compétition équitable lorsque les moyens sont aussi déséquilibrés ? Dire ce qui s’est passé n’est ni une plainte ni une excuse, mais un devoir de vérité.
Sans rééquilibrage des règles du jeu, sans une séparation plus nette entre administration et compétition politique, les mêmes causes continueront de produire les mêmes effets. Et les victoires, aussi éclatantes soient-elles, risqueront de masquer une fragilité démocratique plus profonde. Et pourtant, avec seulement 350 voix d’écart, l’histoire aurait pu s’écrire autrement, si les rapports de force étaient proportionnés.
Signé: Didi KOFFI
