Le commerce entre l’Afrique et la Chine continue de susciter espoirs et ambitions. Derrière les conteneurs, les plateformes logistiques et les chiffres d’affaires impressionnants se cache pourtant une réalité plus exigeante : réussir dans l’importation internationale requiert méthode, immersion culturelle, discipline financière et compréhension fine des marchés locaux. L’entrepreneur Abel Ago donne les détails dans un entretien accordé à Bénin Eden TV
Invité de l’émission L’Entretien du Dimanche sur Bénin Eden TV ce dimanche 1er mars 2026, l’entrepreneur béninois Abel Ago a livré une analyse stratégique et pragmatique de son parcours, tout en lançant un appel clair au gouvernement béninois : soutenir davantage la diaspora entrepreneuriale, sans oublier les compatriotes prêts à investir au pays.
Une immersion totale au cœur du système chinois
Entrepreneur béninois installé en Chine, Abel Ago est le fondateur de LeLeader Group, une structure spécialisée dans la facilitation des importations de produits chinois vers l’Afrique.
Son succès, explique-t-il, ne doit rien au hasard. Après un apprentissage intensif du mandarin à Pékin, il poursuit une formation en commerce international avant de s’implanter à Ningbo, ville stratégique proche de l’un des plus grands ports maritimes mondiaux en tonnage et du célèbre marché de Yiwu, véritable centre névralgique du commerce de gros en Chine. « Avant de faire du business, il faut comprendre les gens avec qui vous faites du business », insiste-t-il.
Pour lui, la langue et la culture sont des leviers stratégiques. Cette immersion lui a permis de bâtir un réseau solide de fournisseurs fiables et de bénéficier d’une reconnaissance institutionnelle locale, facilitant ainsi ses opérations commerciales.
L’échec des pneus : une leçon fondatrice
Comme tout entrepreneur, Abel Ago a connu des revers. Son erreur initiale fut d’introduire sur le marché africain des pneus neufs à coût relativement élevé, sans avoir étudié en profondeur le comportement d’achat local. Le produit était de qualité, mais inadapté au pouvoir d’achat et aux priorités immédiates des consommateurs. Cette expérience lui a enseigné une règle devenue centrale dans sa stratégie : toujours tester le marché avec des produits à forte rotation avant de monter en gamme.
Commencer petit pour bâtir grand
Abel Ago recommande aux entrepreneurs africains de démarrer avec des produits de grande consommation : détergents, couches pour bébés, petits équipements ménagers, produits à demande quotidienne constante. Pourquoi ce choix ? Rotation rapide des stocks, génération immédiate de trésorerie, limitation des risques. Son modèle repose sur un acompte de 30 % à la commande. Avec le temps et la confiance construite auprès des fournisseurs chinois, des facilités de paiement allant jusqu’à 90 jours peuvent être accordées. « La confiance est une monnaie plus puissante que le capital », affirme-t-il.
Importer oui, mais transformer localement
Au-delà de l’importation simple, Abel Ago défend une vision plus ambitieuse : faire de la relation Afrique–Chine un moteur d’industrialisation. Selon lui, l’avenir ne réside pas uniquement dans l’importation de produits finis, mais dans l’acquisition de machines et de technologies chinoises pour transformer localement les matières premières africaines.
Il cite plusieurs exemples concrets : transformation du manioc en farine ou amidon, pressage du soja en huile, transformation du maïs, valorisation du cajou ou du karité. La logique économique est claire : transformer localement permet d’augmenter la valeur ajoutée, de créer des emplois, de réduire la dépendance aux importations et d’ouvrir la voie à l’exportation de produits semi-finis ou finis.

Les quatre actions stratégiques recommandées
Au cours de son intervention, l’entrepreneur a formulé quatre recommandations majeures : investir dans des machines de transformation locale ; identifier une matière première abondante et importer l’équipement adapté ; démarrer avec des produits à forte rotation ; tester le marché avant de viser des segments premium ; structurer des commandes groupées ; mutualiser transport, dédouanement et stockage afin de réduire les coûts ; construire une relation durable avec les fournisseurs chinois. Respect des engagements financiers, communication régulière et transparence sont les clés de la confiance et de l’accès à de meilleures conditions commerciales, fais savoir Abel AGO.
Un appel au gouvernement : soutenir la diaspora et encourager l’investissement
Au-delà des conseils entrepreneuriaux, Abel Ago a lancé un message à l’endroit des autorités béninoises. Il estime que la diaspora béninoise constitue un levier stratégique de développement économique et mérite un accompagnement structuré. Selon lui, le gouvernement doit non seulement soutenir les initiatives des Béninois établis à l’étranger, mais aussi créer un environnement favorable pour ceux qui souhaitent investir au pays. « Il faut penser aux Béninois de la diaspora qui veulent investir », a-t-il souligné. Facilitation administrative, incitations fiscales, accompagnement institutionnel et sécurisation des investissements pourraient, selon lui, accélérer le retour de capitaux et de compétences vers le Bénin.
Une vision stratégique pour l’Afrique
Pour Abel Ago, la relation Afrique–Chine doit évoluer vers un partenariat plus équilibré, fondé sur : le transfert de technologie, la formation, l’apprentissage mutuel, la création de valeur locale. « L’avenir de l’Afrique doit se reposer sur une relation beaucoup plus approfondie avec la Chine », affirme-t-il. Mais une relation stratégique, réfléchie, structurée et orientée vers l’industrialisation.

Une feuille de route pour les entrepreneurs africains
À travers son passage sur Bénin Eden TV, Abel Ago n’a pas simplement raconté son parcours. Il a proposé une véritable feuille de route : comprendre la culture avant de faire du commerce, tester avant d’investir massivement, bâtir la confiance comme capital, transformer localement pour créer une richesse durable. Le commerce Afrique–Chine ne doit pas être perçu comme un simple échange de marchandises. Il peut devenir un levier structurant pour l’industrialisation du continent, à condition d’allier stratégie, patience et vision à long terme. Et pour cela, conclut-il implicitement, la diaspora béninoise a un rôle clé à jouer — à condition d’être pleinement accompagnée et valorisée.
CellcomBénin LeLeader Group
